Si vous lancez une recherche sur Internet vous trouverez comme réponse que c’est le nom italien d’un instrument de musique peu connu, le cor de basset.
En dépit de la vocation musicale de ce blog, ce n’est pas l’instrument qui m’intéresse ici. Corno di Bassetto est aussi le nom de plume, le pseudonyme, d’un critique musical célèbre, George Bernard Shaw (1856 – 1950).
Cet homme avait une oreille aussi acérée que sa plume, plume qu’il trempait dans un liquide corrosif teinté d’humour. Ses critiques étaient d’une rare pertinence dans l’éloge comme dans la rosserie. Dans les deux cas c’est un régal à lire.
Autodidacte il avait atteint un haut niveau de culture musicale et une grande qualité littéraire. Il est d’ailleurs davantage connu pour son œuvre littéraire et ses pièces de théâtre (Pygmalion) que comme critique musical. Cela lui valut le prix Nobel de littérature en 1925.
Bernard Shaw s’explique sur le choix de son étrange nom de plume
« Corno di Bassetto, parce que cela sonnait comme un titre étranger et que personne ne savait ce qu’était un corno di bassetto… C’est un instrument de musique détestable, que la clarinette basse a aujourd’hui entièrement éclipsé dans l’usage courant. Il serait maintenant abandonné et oublié si Mozart ne l’avait utilisé dans son Requiem sans aucun doute parce que sa mélancolie étrange et insipide, son timbre sans éclat ni passion ne sauraient mieux convenir qu’à des funérailles. »
MOZART, Concerto pour cor de basset en sol KV 621b
Écrits sur la musique, 1876-1950
Un chef-d’œuvre d’humour britannique et de drôlerie universelle. C’est comme critique musical que Shaw est entré dans la carrière journalistique et littéraire. Pendant près d’une vingtaine d’années (de 1876 à 1894) il a tenu, avec un brio croissant, une chronique musicale régulière dans la presse londonienne ; et même lorsqu’il cessa cette activité, il n’en continua pas moins à publier, de temps en temps, des articles souvent remarquables. (www.bouquins.tm.fr)
Petite pause musicale (bien sûr Mozart, le Requiem)
Pour donner un aperçu du style inimitable de Bernard Shaw/Bassetto, voici quelques petites phrases… gentilles:
Sur son ambition comme critique musical: « Être lu par les sourds »
«Après avoir entendu un certain nombre de récitals de piano, rien ne me détend plus que de m’asseoir dans le fauteuil du dentiste et de me faire plomber quelques dents.»
1877 Wagner à Covent Garden (Le vaisseau fantôme)
« M. Maurel dans le rôle du hollandais, avait belle allure et chantait fort bien. On regrettera donc d’autant plus qu’il confonde l’affectation véhémente avec le vrai théâtre et réduise ainsi à néant ses grands dons naturels. Son comportement suggérait un embarras inesthétique et, à une ou deux reprises, il a dangereusement frôlé le ridicule. »
1889 Haendel (Le messie) à Albert Hall pour le nouvel an
« Tout au long du tumulte féroce et sardonique de « He trusted in God that He would deliver Him », le choeur cherchait son chemin avec une précautionneuse bienséance comme s’il craignait d’être poursuivi pour blasphème. »… »La vérité c’est qu’avec ses mille choristes, Mr. Barnaby a fait tout ce dont un chef est capable – excepter enflammer leur imagination. »
1891 Faust, avec les frères De Reszke
« Et que dire de sa façon de chanter! Chanter n’est d’ailleurs pas le mot qui convient, car il ne chante plus: il braille et se délecte de ce son assourdissant avec la prodigalité d’une homme qui sait disposer de ressources vocales telles qu’aucune extravagance ne saurait épuiser. C’est magnifique mais ce n’est pas Méphistophélès. »
Petite pause musicale (avec Gounod, Faust)
Je reproduis ci-dessous le pertinent commentaire de J-C G sur Amazon.fr à propos de « Ecrits sur la musique, 1876-1950″ publié chez Robert Laffont
« Tout amateur de musique et d’opéra ayant un peu le sens de l’humour, aimant la causticité du style comme l’alacrité des commentaires, disposé à apprendre et à comprendre l’histoire de la perception de la musique en Occident et capable de saisir combien les goûts sont autant affaire de mode que de musicologie, dévoreront ce livre de George Bernard Shaw. Toute personne ayant écrit trois lignes dans sa vie se délectera de ce style parfait qui rend l’auteur aimable quand il est méchant ou méchant quand il est gentil et se demandera comment les critiques musicaux d’aujourd’hui peuvent encore écrire aussi lourdement (je ne donnerai pas de noms) et avec aussi peu de culture et de retenue.
Un conseil: lire ce livre par périodes car il n’est pas possible de « tout » comprendre en le lisant à la suite tant les références et les incises donnent envie de réécouter la musique ou de l’écouter quand nous ne la connaissions pas. Très bien traduit. »
A déguster tout à loisir
Le bouquin est un pavé de près de 1500 pages sur papier fin. Comme il s’agit d’une compilation d’articles de presse, de chroniques courtes, on peut piocher au hasard, prendre tout son temps et même en étaler la lecture sur des mois. C’est une mine d’or ou chaque filon est une délectation intellectuelle pour le mélomane. C’est aussi un regard à la fois perçant et (parfois) visionnaire sur la vie musicale et sur des compositeurs « modernes » de toute une époque.
Petite pause musicale, en clin d’œil, avec Adriano Banchieri
(ne vous laissez pas rebuter par la présentation des personnages, patientez un peu)
Humoriste avant tout
« Lorsque Dieu a créé l’homme et la femme, il a bêtement oublié d’en déposer le brevet, si bien que maintenant, le premier imbécile venu peut en faire autant ».
Tout Bernard Shaw est là résumé, dans cette pensée à l’humour provocateur. Dramaturge, critique musical, philosophe politique, observateur de son époque, l’anglo-irlandais Bernard Shaw sut amuser, exaspérer, envoûter, déranger son public, au long d’une carrière de plus de soixante ans fertile en polémiques. (cit. Babelio.com)
Vous avez dit bizarre?
Le cor de basset a vraiment un look particulier. On dirait presque une bidouille audiophile de AA comme l’Amphétaminor ou le Pathétiseur…
( Pathétiseur: filtre distant magnétique/TiO²/Quartz pour alimentation linéaire externe carte-son/DAC, un truc vraiment très spécifique, pour mélomane fou… de musique – son nom indique bien son effet sur le rendu sonore – voir dossier 138-R&D) .
NB. Je citais déjà le cor de basset avec quelques autres instruments du même acabit sur le Coin audiophile, dans mon dossier humoristique « Auto-dérision, Audio-dérision » .
«Un homme raisonnable s’adapte au monde… un homme déraisonnable s’obstine a adapter le monde à son image! …tout progrès dépend donc de l’homme déraisonnable ! » George Bernard Shaw
Les trouvailles de AA en DIY
PATHETISEUR, AMBIOPHONISEUR TBF, AMPHETAMINOR, AQUAQUARTZ, AUDIONIZER etc. retrouvez la liste des inventions de l’Audiophile Apiguide, toutes réalisables soi-même, sans grosses difficultés techniques, sans compétences pointues en musique, en électronique ou en informatique. Lexique complet cliquez ici.