Les agresseurs de la musicalité avancent masqués en numérique

La fausse perfection du numérique

Être ou ne pas être...

Être ou ne pas être…

Le son numérique a cette particularité de faire croire qu’il est parfait ou bien qu’il n’est pas. Pas de situation intermédiaire, pas de demi-mesure, si le CD est lu, il semble parfait, sinon rien ne sort, pas un son. Erreur! En réalité la manière dont la musique se dégrade est subtile, perverse et d’autant plus nocive. Cette dégradation est provoquée par trois causes qui s’additionnent: la qualité de fabrication du CD, le circuit d’interpolation, le jitter ou la gigue. A supposer bien sûr que la chaine hi-fi qui suit soit correcte.

Les circuits de correction pas corrects

Quand un CD est sale ou détérioré, avec des petites rayures, sans qu’il soit pour autant rejeté par le lecteur CD, il continue d’être lu parce qu’interviennent les circuits de corrections d’erreur. Ces circuits de correction d’erreur se mettent à fonctionner en quasi permanence sur un CD encrassé. Ils s’efforcent alors de reconstituer les informations occultées mais cette reconstitution par interpolation à partir des quelques bits encore lus n’est qu’approximative.

Des tueurs de musicalité

Plus le son est ainsi reconstitué et plus la musique perd de son âme, plus le son devient dur, artificiel, sans vie. C’est le même type de perte de musicalité qui se constate avec le jitter, cette instabilité temporelle entre les bits, avec en outre la disparition de la construction rigoureuse de l’image sonore dans l’espace, la perte de l’allant, du rythme, du peps.
La chose est bien connue depuis fort longtemps et nombre de lecteurs professionnels ou de haut de gamme, comportaient à l’époque un circuit qui comptabilisait le nombre d’interventions des circuits correcteurs. On savait donc, mais sans pouvoir y faire hélas grand-chose, du coup, de tels circuits ont disparu.

Pour comprendre comment s’effectue la correction d’erreurs par le CIRC et l’interpolation, lire ce cours, en français :   » Le CD audio « 

Le CD, produit industriel

Mais il n’y a pas que ces erreurs de lecture qui soient en cause, il y a aussi la qualité de fabrication du CD, ses tolérances industrielles, sa norme, son pressage. Si on change régulièrement les matrices de pressage des CD c’est bien pour une raison, elles s’usent. Un lecteur CD professionnel comme l’excellent Studer D730 disposait ainsi d’un compteur d’erreurs de lecture qui fournissait d’intéressants renseignements sur la qualité d’usinage du disque!

Lecteur CD Studer A730

Lecteur CD Studer A730

Les platines CD de studio Studer A730, D730, D731 et D732 sont encore utilisées en radiodiffusion, entre autres par la BBC, Radio France et notamment France Musique, bien que de plus en plus la musique provienne de fichiers stockés sur serveurs.

Je me souviens avoir eu du mal, à l’époque, en écoute au casque Stax Lambda, de la FM sur mon tuner Marantz 150 à distinguer si c’était du direct ou bien un CD d’un enregistrement live qui passait… oui, un bête CD, mais lu par un Studer A730.

ecoute critique du Studer A730 en 1992

ecoute critique du Studer A730 en 1992 -  C’est cela la vraie transparence, au delà de toute notion de Hi-Fi.

Petite pause musicale

La perfection répétitive du CD pressé?

En théorie chaque CD pressé, contrôlé et accepté est virtuellement identique au précédent! Que c’est beau un monde parfait!  Le taux de rejet de CD lors du pressage est de l’ordre de 0.001%, un pour mille c’est très bas mais pas nul. Certes c’est excellent pour un processus industriel désormais bien maitrisé. Mais quid des CDs qui étaient juste au dessus de la limite qualité minimale définie pour un rejet? Il faut bien fixer la barre avec des critères mesurables, du genre  BLER, erreurs C1, C2E32, E42 etc. Comment le contrôle CD après pressage est-il appliqué? Individuel sur chaque CD, c’est matériellement impossible! par prélèvements statistiques oui, mais tous les combien?… La perfection de pressage à l’identique est envisageable seulement pour quelques CDs dûment vérifiés en sortie de presse, mais une duplication parfaite répétitive sur une longue série industrielle j’ai des doutes, de sérieux doutes! C’est pour cela que le stamper de pressage est régulièrement vérifié et changé si nécessaire.

CD en cours de pressage

CD en cours de pressage

Je coupe les cheveux en quatre, certes, mais en matière musicale tout s’entend. Il m’est arrivé de posséder quatre fois le même CD, racheté par erreur à quelques années d’écart, puis une autre fois trompé par une pochette différente d’une réédition et enfin offert à Noël par un membre de ma famille… et les quatre CD sonnent avec des petites différences et l’un d’eux même avec une grosse différence de vie, de pêche… en moins.

Erreurs de codage selon M.Geiss – Audio Mastering – extrait: « …Même un CD du commerce comporte beaucoup d’erreurs. Saviez-vous que ce taux d’erreurs dépend des usines, et de l’état des matrices, et qu’en achetant un CD  vous pouvez très bien tomber sans le savoir sur un exemplaire à la limite… »
source: http://www.espace-cubase.org/page.php?page=erreurs_geiss

For quality control, both the stamper and the moulded discs are tested before a production run. Samples of the disc (test pressings) are taken during long production runs and tested for quality consistency. Pressed discs are analyzed on a signal analysis machine. The metal stamper can also be tested on a signal analysis machine which has been specially adapted (larger diameter, more fragile, …). The machine will « play » the disc or stamper and measure various physical and electrical parameters. Errors can be introduced at every step of production, but the moulding process is the least subject to adjustment. Sources of errors are more readily identified and compensated for during mastering. If the errors are too severe then the stamper is rejected and a replacement installed. An experienced machine operator can interpret the report from the analysis system and optimise the moulding process to make a disc that meets the required Rainbow Book specification (e.g. Red Book for Audio from the Rainbow Books series).
If no defects are found, the CD continues to printing so a label can be screen or offset printed on the top surface of the disc. Thereafter, disks are counted, packaged, and shipped. source: http://en.wikipedia.org/wiki/Compact_Disc_manufacturing

Des erreurs « normales »

La norme « Red Book» décrit le format physique et l’encodage des CD audio. Elle définit ainsi une fréquence d’échantillonnage de 44.1 KHz et une résolution de 16 bits en stéréo pour l’enregistrement des données audio. La gravure de CD à la norme Red Book autorise de nombreuses erreurs au sein des blocs numériques. Le protocole de gravure permet jusqu’à 3% d’erreurs, soit 220 par seconde. En comparaison, un CD audio de haute qualité, non pas gravé mais pressé, peut présenter un taux d’erreur plus réduit, de l’ordre d’une dizaine d’erreurs par seconde pour les meilleurs.

Une chaine de petites erreurs

Il est impossible d’obtenir un meilleur taux de BLER (block error rate) que celui existant d’origine dans le glassmaster source. C’est une première évidence. Ensuite Tout CD qui sort de la presse d’injection ajoute ses propres BLER. Durant ce processus d’injection du polycarbonate, bien sûr la matrice « père », le stamper, s’altère un petit peu et rajoute inévitablement quelques BLER à chaque fois sur chaque nouveau CD pressé, en sus de ceux provoqués par le pressage lui-même…
Un glassmaster « fatigué », des stampers renouvelés plus rarement ou même jamais… Ceci explique pourquoi certaines rééditions économiques de CD sont manifestement musicalement très inférieures aux premières éditions du CD faites par des labels sérieux et de renom.
Lire : Digital Audio CD and Other Selected Digital Technologies

Petite pause musicale

Toutes les musiques sauf…

Bien sûr le constat d’une telle diminution du contenu émotionnel de la musique due au CD, au circuit de correction et au jitter, ne vaut que si ladite musique contenait de l’émotion. Nombre de musiques modernes ne contiennent presque que du rythme, très basique, et une mélodie encore plus succincte. Difficile avec de telles sources de constater le moindre manque, elles n’ont déjà pas grand-chose question contenu musical, par nature. Ce n’est d’ailleurs pas leur objet en tant que produit de consommation courante, musique d’ambiance ou musique pour danser en boite.

Une solution existe pourtant, le SARD++

Aujourd’hui en 2012 on peut enfin s’affranchir de ces trois causes de problèmes, le Compact Disc, le circuit de correction, le jitter: en récupérant le phonogramme master (presque) intact (à quelques BLER près), en supprimant le CD et procédant à la lecture du phonogramme en mode dématérialisé vrai, 100% démécanisé,  tout cela placé dans un contexte euphonisé. Et c’est la seule méthode qui réduise le jitter à néant. Cerise sur le gâteau, le SARD++ est gratuit.


À propos de L'audiophile AA

L'Audiophile Apiguide c'est plus de quarante années de recherches originales dans le domaine de la hi-fi, de la musique et de la psycho-acoustique. C'est une réponse à tous les mélomanes du XXIè siècle qui constatent jour après jour que la musique n'est plus au rendez-vous de leur chaine Hi-Fi, et qui n'ont trouvé aucune solution satisfaisante avec les matériels audio actuels du commerce, même les plus onéreux des marques les plus prestigieuses. Il suffit d'être un peu bricoleur et d'avoir l'esprit ouvert à d'autres voies que l'électronique habituelle...
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